Le cabriolet Rolls-Royce Dawn (2017) à l'essai

Rolls-Royce Dawn (2017) : essai complet du cabriolet V12 par Sport Auto

Le conservatisme, c'est le credo de Rolls-Royce, firme plus que centenaire. Le cab' Dawn marque-t-il un changement de cap ? Pas vraiment et on s'en félicite.

Il y a quelques mois, Sylvain Vétaux a eu la chance de se promener en Rolls-Royce Dawn, cheveux aux vents. Il vous raconte ici cette journée hors du commun. Séance photos dans le sud des Yvelines, nous appareillons la Dawn. La voiture est sur un parking forestier, ne gêne personne, ce qui tombe bien puisque personne n'habite à proximité. Il est bientôt midi, ce qui explique peut-être le rythme pressé de cette Mégane de la maréchaussée qui passe à notre niveau. Coup de frein d'urgence une paire de secondes après, marche arrière à la Starsky et Hutch et voilà deux agents à notre niveau. « Faites quoi ? », questionne le brun. « Bonjour aussi. Nous sommes journalistes et réalisons des photos pour Sport Auto . » « On pensait que vous dépouilliez la voiture », explique le blond. « Z'avez pas le physique à rouler en ça. » On tourne la tête pour voir où se trouve l'équipe de tournage. C'est une caméra cachée ? Pas le temps de trouver une réplique bien sentie que Tic et Tac adressent leur très administratif : « Bonne journée M'ssieurs-Dames. » Je trouvais pourtant qu'elle m'allait bien au teint cette anglaise.

Machine à voyager dans le temps

Une peinture indigo qui tire franchement sur le violine en plein soleil, un intérieur ivoire qui tranche sévère et ces somptueux atours en Diosphyros Celebrica, plus connu sous l'appellation d'ébène de Macassar. Notre Dawn est tape-à-l'œil ? Certainement mais il se dégage de ce cabriolet sorti de la machine à voyager dans le temps un charme qui subjugue. Même lorsque, et c'est mon cas, on n'a jamais fantasmé sur les réalisations de Goodwood. Truffe aplatie, regard perçant et presque persan, arrière qui s'étire, volumes limpides, sans ligne inutile tailladant une aile ou une portière. Ce n'est pas spectaculaire, juste fabuleusement dessiné pour se foutre du temps qui passe. La britannique est-elle aussi enivrante à conduire qu'à regarder ? Aïe. « La Dawn est le seul véritable cabriolet de luxe quatre places du monde moderne. Elle s'affirme comme la plus dynamique des modèles Rolls-Royce. » C'est le constructeur qui le dit. C'est dire si on se frotte les mains avant de lancer le V12 6,6 litres biturbo. La Dawn n'est pas spectaculaire, juste fabuleusement dessinée pour se foutre du temps qui passe. La Rolls est-elle aussi enivrante à conduire qu'à regarder ? Aïe. Il ne s'agit pas ici de sa version la plus puissante, réservée au coupé Wraith (essai). Au lieu de 632 ch, la Dawn doit se contenter de 570 ch. C'est pas mal mais on n'est pas loin du minimum syndical requis pour déplacer les 2 560 kg de ce Riva. Première information : cet énorme moteur, presque placé en position centrale avant mais haut perché, émet un bruit de crécelle au démarrage. Au point que le V12 biturbo de chez AMG, présent dans la S 65 cab', fait office de ténor. On ne vous parle même pas de cette cathédrale mécanique qu'est le 5,9 litres de la Vanquish S Volante (le coupé à l'essai ici).

Incomparable

« Chez Rolls-Royce, imaginer une voiture qui ne soit utilisable que par deux adultes au quotidien, c'est un non-sens. » Voilà l'argument massue par lequel le constructeur de Goodwood veut balayer tous les autres. La Dawn n'est pas comparable puisqu'elle est unique. Et rappelons-nous qu'une étant principalement livrée avec chauffeur, rien d'anormal à ce qu'elle n'émette pas un râle de bête féroce au démarrage. Mais ensuite, la découvrable pousse fort, c'est indéniable. Et on décèle même un semblant de sonorité sportive une fois que le V12 atteint les... C'est vrai : il n'y a pas de compte-tours sur une Rolls, simplement une jauge de puissance pour signaler qu'il y en aura toujours suffisamment. Mais une fois encore, comparé aux V12 AMG ou Aston, voire au W12 de chez Bentley, le 6,6 litres fait pâle figure en matière de punch. La Dawn est une propulsion, ce qui lui permet d'offrir un équilibre assez étonnant eu égard au gabarit. C'est pachydermique devant, pantagruélique derrière. Mais l'équilibre n'est pas l'agilité, loin s'en faut. Vouloir arsouiller sur petites routes avec la Dawn, c'est comme slalomer dans un jeu de dominos perché sur une Harley ou descendre un torrent au gouvernail d'un cargo. Le champ lexical nautique va d'ailleurs rudement bien à la Dawn. Au placement, elle tangue. A allure stabilisée, elle chaloupe. Au freinage, elle enfourne. Il faut dire que les disques ne sont pas percés et paraissent sous-dimensionnés derrière ces jantes de 21 pouces (optionnelles). Quatre pistons à l'avant, des flottants derrière : il ne fallait pas s'attendre à des miracles avec une masse de locomotive à freiner. « La Dawn est le cabriolet quatre places le plus rigide du monde à l'heure actuelle et les barres antiroulis actives assurent une très grande agilité et une parfaite maniabilité à cette mondaine de grand luxe. » Rarement discours officiel et ressenti auront été si opposés.

Eloge de la paresse

Si l'on considère uniquement nos critères habituels à Sport Auto, la Dawn est lanterne rouge. Sa direction, qui se surassiste une fois qu'on commence à braquer vraiment, fait penser à celle d'une Punto des années 90. La boîte de vitesses ZF à 8 vitesses n'est pas loin d'être l'élément mécanique le plus probant. Elle pèche pourtant par sa lenteur mais au moins faut-il reconnaître que le couplage avec le GPS (présent sur la Wraith) est efficace. Le principe : en fonction de la cartographie et du style de conduite, la boîte anticipe la vitesse la plus adaptée. C'est efficace à rythme tranquille, avec un rétrogradage à bon escient mais dès que la croisière s'emballe, le système montre ses limites, oubliant de descendre de rapport. Au chapitre des prestations sportives, la Dawn ne maîtrise que la première ligne, celles des accélérations musclées. Et comme il n'y a ni palettes au volant, ni levier pour tomber la vitesse, il faut s'en remettre uniquement aux disques en acier qui se sentiraient plus à l'aise dans un cabriolet poids plume, genre S 65. Résumons : au chapitre des prestations sportives, la Dawn ne maîtrise que la première ligne, celles des accélérations musclées. Toutes les découvrables de luxe qui pourraient lui être opposées font aussi bien, voire mieux dans ce secteur, avant de la toiser ensuite sur tout le reste. Sauf l'essentiel.

Coupé du monde

La Rolls-Royce ne vous fait pas voyager au milieu des autres. La Dawn vous en isole. Elle ne vous transporte pas à travers le monde mais vous en confectionne un. Littéralement. La marque revendique un silence intérieur sans pareille et c'est le cas. Pour s'en convaincre, on s'aperçoit que le niveau 2 du volume de l'excellente sono suffit déjà à vous casser les tympans. Aucun bruit de roulement, un V12 qui semble fonctionner à l'électricité tant il est feutré et silencieux et des roues de camion qui s'autorisent tout juste à effleurer le bitume. La Dawn n'est-elle qu'une Wraith pour frimer ? Oui et non : rappelez-vous, rien n'est comparable à une Rolls, y compris une Rolls.
Par rapport au coupé, 80 % des éléments de carrosserie sont spécifiques. Citons par exemple la calandre, renfoncée de 45 mm ou le pare-chocs, plus large de 53 mm. Mais les dessous sont identiques et coupé et cabriolet partagent le même empattement. La Wraith nous avait également donné le sentiment d'être plus sportive. Il faut dire qu'avec ses 2 360 kg, c'est un peu la GT3 de chez Rolls. Où se situe la Dawn sur l'échelle du plaisir automobile ? Dans les hautes sphères. Objectivement, cette fameuse concurrence qui n'existe pas, offre un rapport prix/prestations plus attractif. Mais il faut envisager la Dawn pour ce qu'elle est réellement : un engin issu d'une époque où les considérations contemporaines des nouveaux riches n'avaient pas cours et où seuls importaient l'excellence du confort et le déplacement sans effort. A bord de la Dawn, le moindre kilomètre est un voyage, le moindre trajet une croisière. Merci à elle.

Quelques données techniques

Objectivement, la Dawn est l'antithèse de la voiture qui nous passe habituellement entre les mains. Mais sa conduite n'en est pas moins délectable avec des sensations jusqu'alors inédites en ce qui me concerne. Prochaine étape : la Phantom Drophead Coupé et ensuite, la famille déménage à Dubaï.

Voici quelques données sur la Rolls-Royce Dawn 2017.
> Moteur : V12 biturbo, 6,6 litres, 571 ch à 5 250 tr/mn, 79,5 mkg à 1 500 tr/mn
> Transmission : roues AR, 8 rapports auto.
> Poids : 2 560 kg
> Performances annoncées : 0 à 100 km/h  en 5''0, 250 km/h
> Prix de base/modèle essayé :332 400 €/423 600 €

Photo : L.Villaron / EMAS

Photo de Julien Diez

posté par :
Julien Diez

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Commentaire(s)1

vendredi 22 septembre 2017 à 20:57 Tunes con dit : Vous roullez dans une Porsche 911 GTS coupé rouge avec conduite à gauche et ne cessez t'interompre votre essaie avec une vidéo d'une porsche 911 cabriolet jaune couduite à droite ! Vous prenez vos internautes pour des idiots ? Bande de cons !