Essai Huracan Performante (2017) : Déesse de l'Air

La supersportive Lambo' s'énerve et promet de réaliser des prouesses, grâce à l'aéro active A.L.A. Au point de claquer un temps record sur la Nordschleife.

La Performante a fait couler beaucoup d'encre au salon de Genève, en avançant un chrono d'enfer sur l'Enfert Vert : 6'52''01. La super, hyper, mégacar 918 Spyder serait battue. Beau coup médiatique.
Devant notre scepticisme, le directeur du développement Maurizio Reggiani nous avait montré la télémétrie de ce tour, tout en parlant d'une « voiture de développement » . Franchement, après avoir eu le plaisir de conduire cette pépite au V10 hurlant, le doute subsiste.

Non pas sur la véracité du chrono et le talent du pilote, mais sur les réglages standards de l'auto. Ayant eu l'honneur de supertester une 918, les mises en vitesse de capsule Soyouz n'ont rien à voir et les passages en courbe liés à l'aéro active de la Performante ne justifient pas le record. Passé cette mise au point, il est difficile de contenir sa joie face à l'un des derniers vestiges atmosphériques, qui justifie son existence par rapport à l'Huracán classique. Vous noterez que les appellations ont été simplifiées en 2017. « Notre clientèle est relativement jeune : entre 30 et 40 ans en majorité. Un nom traditionnel n'a pas d'impact sur cette cible. En plus, il faut s'adapter aux nouveaux moyens de communication, intégrant des textes courts... » explique Stefano Domenicali, président de Lamborghini. Par conséquent, les sigles L (Longitudinale), P (Posteriore) et la puissance disparaissent. Seule l'Huracán 2WD (2 roues motrices), qu'adorent les Japonais et les Américains, précise le type de transmission.

Régime pondéré

Navré de vous décevoir, mais la Performante n'est pas une propulsion. « Nous avons vite écarté cette éventualité lors du développement, car nous recherchions l'efficacité et le meilleur temps au tour. Or à la réaccélération, les 40 kg gagnés sur la transmission ne se répercutent pas sur l'efficacité » , justifie le directeur du développement. D'où le nom de Performante, déjà porté par une Gallardo Spyder radicalisée. Cette Huracán reprend les attributs esthétiques de la regrettée Superleggera. L'appellation light ne se justifiait pas ici, en raison du régime réduit à 40 kg, contre 70 kg pour la génération précédente et un quintal pour le modèle originel. Pour l'anecdote, nous avions relevé une perte de poids plus conséquente avec la LP 610-4 supertestée : - 80 kg par rapport à un modèle privé d'éléments allégés optionnels. Ici, le constructeur table sur une nouvelle matière pour contenir l'intégrale aux alentours de 1 500 kg (avec les pleins) : le carbone forgé (fibres noyées dans la résine) qui autoriserait des formes plus complexes, pour un niveau de rigidité équivalent à celui des fibres tressées (feuilles). « On le vend plus aux clients comme un bonus technologique qu'esthétique. S'ils n'aiment pas l'aspect marbré, ils peuvent l'avoir en mat » , précise le responsable marketing. On en retrouve sur les boucliers boursouflés, l'aileron, le capot moteur et quelques éléments de l'habitacle. L'atmosphère est surtout marquée par l'abondance d'Alcantara et la présence de superbes baquets, plus ou moins inconfortables. Les coques en carbone standard permettent d'avoir une assise rabaissée, au prix d'une relative raideur. Dommage, parce qu'on n'a plus envie de sortir de la Performante (essai vidéo par ici) !

Vive l'atmostratosphérique !

Dès la première accélération, gloussements et autres cris stridents vous échappent irrésistiblement. Il faut dire que les moteurs atmosphériques, et qui plus est le V10, constituent une espèce en voie d'extinction. On en dénombre qu'un au sein de la production, propulsant aussi la cousine Audi R8. Lamborghini a la primeur du 5,2 litres bi-injection boosté à 640 ch, grâce à une admission d'air dérivée de la course, à des soupapes en titane et à un échappement rehaussé et allégé de 10 kg. Impressionnant, ce dernier est visible au travers des deux énormes sorties centrales à clapet. Le volcan en fusion attire l'œil et a beaucoup amusé les testeurs maison la nuit, pendant le développement. Le timbre originel n'est pas transformé, juste sublimé. Le saccadé singulier du V10 tirant vers les aigus est vite couvert par l'échappement, libéré en Sport et Corsa. Le ralenti et l'évolution à bas régime s'apparentent davantage à un deux-roues déjanté. La tonalité est plus profonde, métallique et animale dans les tours. Et Dieu sait que ce bloc aime gravir les 8 700 marches ! Dans un premier temps, la réactivité étonne aux régimes usuels et la courbe de couple est plus pleine par rapport à la version 610 ch. Puis le V10 dévoile tout son potentiel à 5 500 tr/mn et vous emmène si vite au septième ciel que le rupteur vous saute au visage. Mamma mia... Vive l'atmostratosphérique ! Sur l'échelle des sensations, la sonorité prime, mais la poussée la suit de près, et le tout rend béat à haut régime. Selon Lambo, le chrono progresserait par rapport à la petite sœur de 610 ch : - 0''3 de 0 à 100 km/h (2''9), - 1''0 de 0 à 200 km/h (8''9). Génial, mais les temps annoncés rappellent étrangement ceux réalisés par l'Huracán supertestée ( Sport Auto n° 647) : 0 à 100 km/h en 3''0, 0 à 200 km/h en 9''0...Quand on vous dit qu'on a eu entre les mains une pseudo-Performante ! En vitesse maxi, cette version stagnerait autour de 325 km/h en raison des gros appendices aéro. Eh oui, la Performante est bénie des dieux et touchée par la grâce d'ALA (Aerodinamica Lamborghini Attiva), comprenant une lame avant et un aileron XL en carbone forgé. Voyons si l'on peut avoir foi en cet innovant système actif.

Inch'ALA !

Au sujet de la connotation religieuse de l'acronyme, le président avoue que c'était risqué, mais il l'a maintenue en raison de la signification italienne : aile ou aileron. En résumé, ALA inclut deux volets avant et deux clapets arrière mobiles faisant passer le flux à l'intérieur des supports d'aileron au besoin. Ces derniers peuvent s'ouvrir indépendamment (droite/gauche) pour créer un effet vectoriel en courbe. Voici l'explication en vidéo. Nous n'avons pas affaire à une lame allégée. Le poids reste élevé et l'avant n'a pas le mordant des ténors de la catégorie. Les semi-slicks devraient changer la donne. Ingénieux. Les occupants sont en permanence sous la protection d'ALA en mode Corsa. Et sporadiquement en Sport : jusqu'à 50 km/h, puis de 180 à 280 km/h pour maximiser l'appui. Étranges seuils d'intervention... Après avoir fait connaissance avec le tracé d'Imola, qui impose humilité et recueillement en la mémoire de Senna, il est temps de jongler avec les modes. Effectivement, l'apport du système ALA se ressent en Corsa, en courbes très rapides. La Huracán Performante gagne en stabilité et se place plus rapidement, en transformant l'obstacle en rampe de lancement. Mais à vitesse plus raisonnable et dans le serré, l'apport du système est négligeable. Moralité, pour en profiter, il va falloir bien repérer les Autobahnen ou se rendre sur un circuit très rapide : Spa, Monza, Hockenheim ou Le Mans, version 24 Heures. Au Bugatti, notre maître-étalon, ALA devrait grappiller du temps dans la courbe Dunlop et au Chemin-aux-Bœufs. De là à gagner deux secondes au tour, il ne faut pas rêver ! Rappelons que l'Huracán classique claque déjà 1'45'' en pneus semi-slicks...

Réglages non radicaux

L'aéro active a obligé le constructeur à revoir les dessous de A à Z : suspension (ressorts, barres antiroulis, paliers raidis), direction optionnelle à démultiplication variable (LDS), transmission intégrale (plus de couple sur l'avant en Corsa), boîte à double embrayage (certains éléments redessinés), pneus dédiés (PZero)... Les magiques Trofeo R restent optionnels. Logique, l'ensemble des réglages ne bascule pas dans l'extrême. L'amortissement piloté (optionnel) demeure conciliant en Strada sur revêtement difficile et préserve du débattement en Corsa au bénéfice de la progressivité des réactions. En clair, nous n'avons pas affaire à une lame allégée. Le poids reste élevé et l'avant n'a pas le mordant des ténors de la catégorie : 488 GTB, 720S, 911 GT3... Les pneus semi-slicks optionnels devraient changer la donne. Le niveau de dynamisme n'en demeure pas moins excellent et mieux vaut charger l'avant au placement. Le sous-virage préventif peut être suivi d'une dérive du popotin en conservant les freins, en mode Sport (plus typé propulsion). Sur piste, les aides se font relativement discrètes en Corsa (l'un des quatre réglages de l'ESC). La principale bonne nouvelle vient de la direction LDS, recalibrée et plaisante en mode Corsa (assistance réduite). Alors qu'elle agace par sa réactivité excessive sur l'Huracán classique, elle séduit ici par son homogénéité par rapport au train avant et aux remontées d'informations... Au point de la préférer à l'assistance électrique standard sur circuit. Autres points positifs, la boîte suit la cadence infernale, comme les freins en  carbone/céramique. Ces derniers sont imposés et la centaine de pistards qui ont commandé la Performante devront s'en accommoder ou les remplacer pour diminuer le coût d'entretien. En résumé, la Performante n'est pas métamorphosée par rapport à l'Huracán de notre Supertest. Du coup, au volant, la différence est moins marquée par rapport aux aînées : Gallardo versus Superleggera.
Lamborghini se laisse sans doute une marge de manœuvre pour faire évoluer l'espèce Huracán, écoulée à 8 000 exemplaires depuis 2014. Comme le souligne Stefano Domenicali, le rythme des sorties s'en tiendra toutefois à une nouveauté par an, pour ne pas pénaliser les ventes et la valeur résiduelle des modèles.

Quelques données techniques

Voici quelques données sur la tonitruante Lamborghini Huracan Performante 2017. Impossible de résister à l'appel du V10 ! Cette supersportive affole les sens. Mais elle n'est pas extrême dans l'âme : réglages de suspension, confort, insonorisation. Par rapport à la 610 ch, elle progresse en sonorité, en performances, en efficacité et en stabilité à haute vitesse grâce à A.L.A. Vivement l'essai en pneus semi-slicks.
> Moteur : V10 bi-injection, 5,2 litres, 640 ch à 8 000 tr/m, 61,2 mkg à 6 500 tr/mn
> Transmission : intégrale, 7 rapports robotisés
> Poids : 1 382 kg à sec
> L - l - h : 4 506 - 1 924 - 1 165 mm
> Pneumatiques AV & AR : 245/30 ZR 20 & 305/30 ZR 20
> Performances annoncées : 0 à 100 km/h en 2''9, 0 à 200 km/h en 8''9, env. 325 km/h
> Prix de base/modèle essayé : 234 048 € / 274 490 €

Photo de Julien Diez

posté par :
Julien Diez

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