Le Tour de Corse 2018 en Lamborghini [vidéo]

ESSAI. Nous avons eu le privilège de faire le tour de Corse 10000 virages, organisé par la FFSA, au volant d'une Lamborghini Aventador Roadster S. Récit !

L'épreuve qui attend notre Lamborghini Aventador Roadster S n'est pas de tout repos. Elle consiste à emboîter le pas des voltigeurs du championnat du monde des Rallyes, sur leurs propres spéciales fermées. Cette idée géniale revient à la FFSA (Fédération Française du Sport Automobile) qui, depuis 2015, permet à des propriétaires de GT d'en découdre, au fil d'une course de régularité, sur les traces de leurs idoles.

Le but n'étant pas d'exploser les chronos, encore moins les autos, mais de se faire plaisir. Soit en jouant la régularité, à moyenne haute ou basse, soit en roulant à son propre rythme, avec l'assurance que personne n'arrive en face.

Voir l'essai vidéo de la Lamborghini Aventador Roadster S au Tour de Corse 10.000 virages

10.000 virages 

Calvi, 5h00 du mat'. Et des frissons, à l'idée de se lancer dans les 35,6 kilomètres de la spéciale ES5, qui relie Cagnono à Canari. «Avec un passage spectaculaire du col de Santa-Lucia, avant de basculer vers la côte ouest du Cap, pour un panorama exceptionnel sur les Agriates ». Si je résume, cela revient à arpenter quelques-unes des plus belles routes du monde avec l'un des plus beaux V12 que le génie humain n'ait jamais produit. Pour être tout à fait honnête, la perspective de cette bande son d'anthologie posée sur ce décor de rêve suffit à générer un enthousiasme que j'ai du mal à contenir. Mais les commentaires d'Andreas Mikkelsen (l'un des pilotes de Hyundai, ndrl) à propos de cette spéciale me font l'effet d'une douche écossaise : «c'est tellement étroit et si rapide qu'il y a trop d'informations à gérer, et que ça va trop vite pour son cerveau ». En clair, c'est comme si Perrine Lafond vous disait, juste au bord de la piste de bosses des JO, que ce n'était pas du gâteau. Sympa, surtout avec une garde au sol au ras des pâquerettes, 2,27 mètres de largeur aux rétros et une lame en carbone, qui dépasse comme le chasse-buffle d'une locomotive vapeur. Bref, on verra bien.

Ponts étroits!

Après le portique du départ de notre première spéciale, le V12 s'éclaircit gentiment la voix depuis les bas-fonds du compte tours et le choix du mode de conduite, Sport, s'impose de lui-même. Le mode Strada est trop lent et le mode Corsa est trop violent, puisqu'il donne l'impression d'y laisser les dents des pignons de la boîte de vitesse. Dès les premiers virages, l'Aventador S abat sa carte secrète : ses roues arrière directrices lui permettent de mieux pivoter. Rien à voir avec les Murciélago, qui avaient la fâcheuse tendance à tirer tout droit dans les épingles, ni les Aventador de la première génération qui écartaient les trajectoires. A propos d'épingle, c'est serré ! Le V12 rétrograde en première (pour le frein moteur, même si elle tire à 90 km/h) en faisant exploser les pots, avant d'avaler le bout de ligne droite comme un lion goberait une bavette. Le 6.5 litres est un drôle de morceau et ses borborygmes donnent des frissons dans le dos. Ce n'est pas le genre dernier cri, comme chez Ferrari, mais la sonorité et les vibrations sont inimitables. En passant le col de Santa Luccia, le précipice est spectaculaire et le panorama, à couper le souffle. Impossible de savoir comment deux voitures se croisent sur une route pareille, surtout quand l'une des deux est une Aventador, mais peu importe. En piquant vers Canari, quelques grosses caillasses obligent à rouler au pas et utiliser le lift système pour rehausser l'avant. Le long gauche vers Vignale permet ensuite de faire respirer le 6.5 litres, qui reprend son souffle à plein poumons, avant de casser la vitesse, pour s'aligner dans le dernier pont avant la ligne d'arrivée. Mince, pas vu le temps passer.

Boulevards

En comparaison, la spéciale suivante est un boulevard. L'ES6 relie Casta à Pietra Monetta, pendant 15 km de maquis à 300 mètres au-dessus de la mer, à travers le désert des Agriates. Avec des parois rocheuses pour faire résonner les échappements et des belles courbes qui resserrent pour tester le grip à l'avant. L'Aventador a beau être conçue pour des espaces encore plus étendus, elle se révèle parfaitement à l'aise dans ces conditions. Idem en ce qui concerne la motricité, avec des pertes minimes d'adhérence à l'arrière et des transferts à peine perceptibles. Avec ses deux roues motrices, une 812 Superfast n'aurait pas été aussi neutre dans ces conditions. Qu'il s'agisse des relances, qui vous tirent sur les cervicales, ou de rétrogradages, qui pétaradent comme une Ducati sans pots, cette Lamborghini est une drogue dure.

Plat de résistance

Avec 55.17 km, l'ES10 du dimanche matin est la plus longue spéciale disputée depuis 1986. Pour avoir un aperçu de ce que cela représente pour les funambules du WRC, il faut savoir que le cahier de notes de Carlos Del Barrio, le co-pilote de Dani Sordo, ne compte pas moins de 122 pages.

La spéciale débute par une montée à travers la pinède, vers le point culminant du rallye à 885 d'altitude. Avec de beaux enchaînements de virages, délimités comme un slalom super géant, par des arbres au lieu des piquets. La Lamborghini alterne gauche/droite sans broncher, avant de relancer la machine en montée, comme s'il s'agissait d'une descente. A ce propos, celle qui serpente jusqu'au pont d'Azzana est un billard, sur lequel il faut économiser les freins pour éviter de le faire en trois bandes. Rappelons que l'Aventador avoisine les 1800 kilos avec les pleins, et toute l'énergie cinétique que cela génère. Cela n'empêche pas au V12 d'être dantesque. On en reprend une rasade, pour le plaisir, pendant les derniers kilomètres qui crapahutent jusqu'au col de Sarzoggio puis replongent vers Sarrola-Carcopino. Déjà fini ? J'aurais bien remis une pièce dans la machine ! Heureusement, il y a du rab' avec les 16 kilomètres de l'ES12, au cœur de la forêt territoriale de Chiavari. La Lamborghini franchi son 100 kilomètres de spéciales, et toujours rien à déclarer, ni faiblesse de freinage, ni surchauffe quelconque. A force d'évolution, le fer de lance de Lamborghini est devenu agile et réellement utilisable, sans ne rien perdre en caractère. Et même si sa boîte reste old-school, la prestation générale et les sensations inimitables demeurent addictives. Rien de tel pour participer au rallye des 10.000 virages de la FFSA, qui reste une expérience unique au monde, et incontournable pour les passionnés d'automobiles.

Retrouvez l'essai de la Lamborghini Aventador S en Corse!

Fiche technique

Performances
Vitesse maxi annoncée : 350 km/h
> De 0 à 100 km/h annoncé : 3 sec
> De 0 à 200 km/h annoncé : 9 sec

Moteur
Type (nbre de cylindres) : V12, 48 V
Cylindrée : 6498 cm3
Puissance maxi : 740 ch à 8400 tr/mn
Couple maxi : 70.3 mkg à 5500
Transmission : 7 rapports robotisés
Antipatinage/Autobloquant : Série/Série
Poids annoncé (kg) : 1625 à sec
Rapport poids/puissance : 2.2 * calculé avec le poids à sec
Carburant : 90L
Prix du modèle essayé : 432.000€

Photo : Greg / Sport Auto

Photo de Laurent Chevalier

posté par :
Laurent Chevalier

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