Trois jours au volant de la Bugatti Chiron ! Essai

Nous avons passé trois jours en Bugatti Chiron : 1200 km à travers une France fraîchement limitée à 80 km/h, avec 1500 chevaux. Mission impossible ?

L’idée du voyage au volant de la Chiron nous trotte dans la tête depuis longtemps. Car au-delà du fantasme que représentent ses performances d’une autre galaxie, il y a une réalité : des milliers d’heures d’ingénieurs et de jus de crâne pour rendre ce carrosse utilisable au quotidien. Ou du moins, dans la vraie vie. Exemple criant de vérité, sur le périph’ parisien, où notre Chiron est engluée comme un lundi de rentrée. Pas d’autre choix que de rouler au pas, entre deux essaims de scooters qui la rasent de près, en louvoyant après que leurs conducteurs aient lâché le guidon d’une main pour lever le pouce vers le ciel. Et des touristes dont les yeux s’écarquillent "Ca doit être beau Paris en Bugatti ?!".

Voies sur Berges, pont d’Iéna et Quai Branly, la Chiron ronge son frein. Coupé du monde dans cet habitacle double vitrage, la climatisation régule 21° C dans l’ambiance feutrée d’un joaillier de la place Vendôme, tandis que la suspension avale les pavés parisiens dans un confort princier. Direction la presqu'île du Cotentin.

Pousse au crime

La première barrière de péage de l’A13 permet d’entamer le cycle des mises en orbite. Feux vert. Le filet de gaz se fait plus insistant et une main géante vous tape dans le dos avec une force délirante et irrépressible. Les yeux au fond du crâne, je regarde l’aiguille du compteur se catapulter à 130 km/h en moins de temps qu’il n’en faut pour l’écrire. Nouvelle barrière de péage et bis repetita. La Chiron décolle comme un Airbus puis lâche un cri strident de wastegate, en se calant sur sa vitesse de croisière. Quelques secondes de pur plaisir, avec les épaules incrustées dans le dossier et pupilles dilatées. C’est un souffle, un sifflement, une force tranquille, qui broie les quatre arbres de transmissions et donne la sensation de vous jeter dans l’hyperespace, à la vitesse de la lumière. Comme un réacteur, dont la disproportion finit par générer une forme d’envoûtement.

Passion

La première escale en sortant de l’autoroute nous conduit à Bayeux, ou quelques touristes médusés observent la Chiron, mâchoires dévissées : "On en voit jamais, par ici, des Bugatti. On voit souvent des Porsche  et rarement des Ferrari, mais là, c’est autre chose. Il n’y a pas de mots, c’est impressionnant. Elle fait combien de chevaux fiscaux ?". La réponse "213" est suivi d’un long silence. Avec un œuf sur l’accélérateur, la Chiron s’éloigne dans un bourdonnement sourd et continu. Le chemin des écoliers jusqu’à la pointe ouest de la presqu’île du Cotentin nous plonge dans une enfilade de départementales étroites. Avec 2.03 mètres de large et des ailes en carbone qui doivent coûter le prix d’un pavillon en banlieue, il vaut mieux viser juste. Demi-tour, face à la mer, sur une route sans issue et la Chiron met le cap vers Hauteville. Depuis Jobourg, la route qui serpente le long de la côte jusqu’à Herqueville est splendide, étroite et sinueuse. Quant à la consommation, il vaut mieux éviter la question. Pour les curieux, disons qu’il est impossible de descendre en dessous de 20 l/100 km. Mais qu’il est facile de dépasser les 40 l/100 km de moyenne, avec un pied droit insistant. Voir bien plus, en condition extrême. "A fond, vous pouvez vider le plein de 100 litres en 55 kilomètres" précise Andy Wallace, pilote et ambassadeur de Bugatti.

300 en moins de 2

Avouez que serait dommage de se quitter sans catapulter l'aiguille à 300. Direction l’anneau de vitesse de Mortefontaine. Mais surprise ! Ce qui devait passer comme une lettre à la poste devient vite problématique. A partir de 180 km/h, la suspension de la Chiron se met automatiquement en position basse et son aileron se relève pour la plaquer au sol. Conséquence fâcheuse : le fond-plat racle l’anneau à partir de 230 km/h dans les virages relevés, là où n’importe quelle Mercedes AMG passe comme dans du beurre. Seule solution pour passer la troisième centaine de kilomètre/heure : partir en fin de virage relevé, accélérer fort jusqu’au suivant et piler juste avant, pour ne pas arracher le fond plat dans le banking. La Chiron s’exécute sans broncher, avant d’ériger son aileron droit dans le ciel en faire crisser ses pneus au rythme de l’ABS. Du gâteau.

Bilan

Ce qui ressort de cet essai prolongé? C’est de nous conforter dans l’idée que la question du choix entre une LaFerrari, une Lamborghini, une McLaren, une Pagani ou une Bugatti, n’a pas de sens. Tout simplement parce que la Chiron n’a pas de comparaison. Sa façon de rendre accessible des performances qui ne l’ont jamais été auparavant est unique.

Retrouvez tous les détails de ce voyage en Bugatti Chiron dans le numéro Sport Auto de septembre 2018, disponible chez votre marchand de journaux dès le 27 août 2018 au prix de 5,90€.

TECHNIQUE

Performances annoncées
vitesse maxi : 420 km/h limitée
0 à 100 km/h : 2''6
0 à 200 km/h : 6''5
0 à 300 km/h :13''5
100 km/h à 0 : 31,3 mètres 
200 km/h à 0 : 125 mètres
300 km/h à 0 : 275 mètres
Moteur : W16 à 4 turbos
Cylindrée : 7993 cm3
Puissance maxi : 1.500 ch à 6700 tr/mn
Couple maxi : 163 mkg à 2000 tr/mn
Transmission Intégrale 7 rapports à double embrayage
Poids revendiqué : 1995 kg 
Longueur - largeur - hauteur : 4544 - 2038 - 1212
Pneumatiques AV & AR : 285/30 ZR 20 et 355/25 ZR 21
Prix de base : 2 400 000 euros 
Modèle d’essai : 2 650 000 euros 
(production limitée à 500 exemplaires)

Crédit photo : Clément Choulot / Sport Auto

Photo de Laurent Chevalier

posté par :
Laurent Chevalier

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Commentaire(s)1

dimanche 02 septembre 2018 à 10:29 Fredo dit : Bonjour, Je suis abonné sport auto et je n'ai toujours pas reçu le numéro du mois de septembre avec l'essai longue durée de la Chiron, est-ce dû à un simple retard où dois-je contacter le service abonnement pour me faire envoyer un nouvel exemplaire ? Cordialement. Frédéric.